Mobilité durable : un enjeu crucial pour la précarité

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Le grand public est de plus en plus sensible à la problématique de la mobilité durable. Mais si l’aspect environnemental est désormais au cœur de nombreuses réflexions, il ne faut pas oublier que l’adjectif « durable » doit aussi se préoccuper des impacts sociaux. Les enjeux d’une mobilité plus durable ont aussi un rôle à jouer dans la précarité.

Une inégalité des territoires face à la mobilité durable

De nombreuses villes ont entamé un processus de transition pour faire évoluer les pratiques liées au transport. Il s’agit souvent de développer les transports en commun et les modes de transport doux dans les centres des villes où les enjeux sont clairs et largement partagés par le grand public.

Même s’il n’est pas tout à fait abouti, ce processus a le mérite de faire son chemin dans le but d’apporter des solutions plus durables au transport de courte distance. Néanmoins, les territoires périurbains ou ruraux ne font pas l’objet du même engouement.

Ces territoires moins denses, qui abritent cependant une population croissante, sont très dépendants des moyens de transport individuels. Les populations concernées, souvent contraintes de se déplacer en voiture, peuvent rapidement se retrouver dans des situations difficiles en cas de précarité. En effet, par manque de moyens financiers ou par impossibilité de conduire une voiture, comme les personnes âgées par exemple, de nombreux français se retrouvent contraints à l’immobilité.

Une étude sur l’aire urbaine de Lyon a particulièrement mis en avant cette problématique. Au total, il s’est avéré qu’environ 21% des ménages de la région lyonnaise se trouvaient en situation de précarité liée au transport car ils y consacraient plus de 18% de leurs revenus.

En réalité, cela concerne plus particulièrement les ménages vivant en banlieue, qui représentent 20%, et en banlieue pour 70% d’entre eux. Ces disparités révèlent bien les inégalités territoriales d’accès aux transports et le manque d’aménagement pour la mobilité. En effet, les ménages ruraux les plus pauvres ont un budget en moyenne quatre fois plus élevé que les ménages urbains les plus riches.

Le coût de la mobilité pèse sur les ménages fragiles

Le coût de la mobilité, ou ce qu’on appelle le budget « contraint », s’accroit de plus en plus et fragilise d’autant plus les populations les plus vulnérables. Celui-ci était en moyenne d’environ 5000€ en 2016 pour un ménage français, dont les ¾ sont consacrés à la mobilité quotidienne de courte distance, soit 3700 €. Les premiers confrontés à la difficulté de se déplacer sont donc les ménages les plus précaires, en situation de pauvreté ou d’isolement.

Certains facteurs viennent aggraver cette situation déjà alarmante. Le vieillissement de la population, par exemple, doit amener les territoires à s’adapter à ces besoins spécifiques croissants, en réfléchissant à des solutions durables. De plus, la hausse des prix du carburant sera amenée à affecter les populations dépendantes de la voiture et à accentuer le nombre de ménages en précarité si aucune réponse satisfaisante n’est donnée pour les zones périurbaines et rurales.

En 2016, on estimait entre 6 et 8 millions le nombre de français en situation de précarité de la mobilité. Presque 20% de la population en âge de travailler éprouve des difficultés à se déplacer. Environ ¼ des français déclarent même avoir déjà renoncé à une opportunité de travail ou de formation en raison de difficulté pour s’y rendre selon le sondage Elabe 2017.

Si l’on prend seulement les jeunes, ils sont 40% à avoir déjà fait face à cette situation, et 50% des personnes vulnérables.

Une situation loin de s’améliorer

L’augmentation des prix de l’énergie, le manque de moyens pour se procurer un véhicule plus performant, ou encore le manque d’investissement des collectivités dans des alternatives durables, sont autant de facteurs qui risquent d’aggraver encore la situation.

C’est pourquoi des solutions doivent être mises en œuvre : mettre en place des infrastructures adaptées afin de favoriser l’intermodalité et l’usage partagé, expérimenter de nouveaux services en territoires périurbains et ruraux ou encore aider les ménages modestes à s’équiper de véhicules performants, sont des exemples de réponses pertinentes à cette problématique

Source : Fondation Nicolas Hulot